Laís Alves
Brazilian Alliance for Research, Cultural and Arts
Chaque fois que quelqu’un s’habille le matin, il écrit une phrase dans une langue qui se passe de mots. Nous prenons rarement le temps d’y réfléchir : la mode n’est pas seulement une question d’esthétique, elle est aussi un registre. Et, comme tout document, elle conserve en elle les tensions, les peurs et les désirs de ceux qui la produisent et de ceux qui la portent.
Nous devrions commencer à considérer le vêtement avec le même sérieux que celui que nous accordons à une lettre ancienne, à une photographie d’archives ou à un journal du siècle dernier : comme une source historique. Frédéric Godart décrit la mode comme un fait social total, c’est-à-dire comme un phénomène qui traverse simultanément l’économie, l’art, la politique et l’identité. Diane Crane va dans le même sens lorsqu’elle affirme que le vêtement révèle la manière dont les individus, à différentes époques, comprennent leur place au sein des structures sociales et négocient les frontières entre les groupes. Lorsque je lis cette idée, je pense à la manière dont chaque génération laisse derrière elle ses vêtements comme témoignage, même involontaire, des conflits qui l’ont traversée.
Le plus intéressant est peut-être de comprendre que cette communication n’est pas neutre. Camila Marques soulignait déjà que la mode peut fonctionner comme un outil de contestation, capable de remettre en question les normes de genre et de classe à certains moments de l’histoire. Cela me semble essentiel : lorsqu’une personne s’habille d’une manière qui s’écarte de ce qui est attendu, elle exprime, d’une certaine façon, son désaccord à voix haute, mais de manière non verbale. Il suffit de penser au nombre de fois où un vêtement a déjà été à l’origine d’un scandale, d’une interdiction ou d’une fierté, précisément parce qu’il portait un message qui dérangeait ceux qui détenaient le pouvoir.
En même temps, il est important de noter que cette liberté d’expression à travers la mode possède des limites très concrètes. Patrícia Stefani rappelle que le consommateur choisit au sein d’un éventail déjà défini par un groupe restreint : le marché. Autrement dit, nous parlons de nous-mêmes en utilisant un vocabulaire que nous n’avons pas inventé seuls. Cela n’annule pas la valeur communicative du vêtement, mais exige que la lecture de ce document soit faite avec un regard critique, en sachant qu’il y a des mains derrière la vitrine qui décident à l’avance quelles phrases seront disponibles afin que nous puissions les prononcer. Carolina Caraciola renforce cette idée en observant que la mode oriente les décisions de consommation elles-mêmes, dans la mesure où les individus cherchent, par l’achat, à acquérir les identités qu’ils souhaitent projeter. Il y a là quelque chose de paradoxal : nous achetons de l’appartenance, mais l’appartenance achetée ne cesse jamais de porter la marque de celui qui l’a vendue.
C’est précisément pour cette raison que considérer le présent à travers la mode me semble être un exercice urgent, et pas seulement un exercice académique. Nous vivons, dans la première moitié de cette décennie, deux mouvements qui semblent opposés mais qui, selon mon interprétation, disent quelque chose de similaire sur notre époque : l’essor de l’esthétique conservatrice et la persistance du minimalisme comme esthétique du ralentissement.
Beta Weber associe la montée de l’esthétique conservatrice à l’instabilité politique et économique, qui réactive des discours de genre repoussant les femmes vers des rôles de soumission. Les robes fleuries et pudiques décrites ne sont pas seulement une préférence en matière de coupe ou d’imprimé : elles constituent une mise en scène de la moralité à un moment où une partie de la société ressent le besoin de réaffirmer des hiérarchies qu’elle croyait dépassées. Ce n’est pas une simple coïncidence si ce type de vêtement a recommencé à gagner en importance précisément lorsque le débat public sur la place des femmes s’est à nouveau intensifié. Le vêtement fonctionne ici presque comme un manifeste silencieux, utilisé pour prendre position dans un conflit qui se joue également en dehors de la garde-robe.
De l’autre côté, le minimalisme reste bien présent, bien qu’il soit né dans un contexte complètement différent, d’abord comme réponse à la pénurie matérielle de la Première Guerre mondiale, puis comme symbole de l’émancipation des femmes, associé à la possibilité de se déplacer, de travailler et d’accéder à l’autonomie. Aujourd’hui, selon Victória Pintor, il réapparaît comme une forme de ralentissement, une réaction à l’excès de consommation que l’industrie de la mode elle-même a contribué à créer. C’est précisément ce qui rend cette ironie révélatrice : le secteur qui nous pousse le plus à acheter produit également, en son propre sein, les symboles de ceux qui souhaitent cesser d’acheter. C’est comme si l’industrie vendait simultanément le problème et la solution, tous deux emballés comme des tendances.
Ce que ces deux exemples ont en commun, à mes yeux, c’est le malaise. Conservatisme et minimalisme sont, chacun à leur manière, des réponses à un monde qui semble trop instable, trop rapide, trop incertain. L’un cherche la sécurité dans le retour à des rôles connus ; l’autre, dans le renoncement à l’excès. Tous deux tentent, au fond, de retrouver une forme de contrôle sur un présent qui leur échappe.
Il convient également de rappeler que les capitales symboliques de la mode — New York, Londres, Milan et Paris — ne sont pas apparues par hasard, comme le souligne Godart lorsqu’il explique que leur importance repose sur la trajectoire historique de protagonistes qui y ont construit leur héritage. Cela montre que même la géographie de la mode constitue en soi un document : elle révèle les lieux où se concentraient le pouvoir, le capital et le prestige à certains moments, et, par conséquent, ceux qui sont restés en dehors de ce récit. Combien de traditions textiles d’autres régions du monde ont-elles été reléguées au rang d’artisanat exotique simplement parce qu’elles n’étaient pas nées au sein de cet axe consacré ? Cette exclusion constitue elle aussi une donnée historique, même si elle est rarement considérée comme telle.
C’est pourquoi j’insiste sur le fait que la mode ne devrait pas être traitée comme un sujet mineur, limité aux magazines et aux vitrines. Elle est avant tout une archive vivante, mise à jour quotidiennement par des millions de personnes qui, sans même s’en rendre compte, enregistrent l’atmosphère de leur époque dans la coupe d’un pantalon ou l’imprimé d’une robe. Si l’histoire s’écrit aussi avec du tissu, il est peut-être temps de prêter davantage attention aux vêtements qui nous entourent. Non pas comme un accessoire de l’histoire, mais comme l’une de ses pages les plus honnêtes, parce qu’elles ont été écrites sans prétendre être lues comme des documents.

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